...J'essaie de me relever, impossible, j'ai mal, je sens les larmes monter, je n'arrive plus à bouger mon bras. J'appelle Christian, plusieurs fois, il n'entend rien, c'est sûrement à cause du casque. Et moi je suis là, allongée par terre, et je n'arrive plus à bouger. Et merde. Et j'ai mal. Pourvu que ce ne soit pas cassé, comment allons-nous faire pour rentrer ? Et le reste des vacances ? pfffff. Je l'appelle encore, il n'entend toujours rien. Enfin il regarde vers le haut, et me voit allongée, et comprend que quelque chose ne va pas.
Deux personnes arrivent derrière moi en VTT, elles s'arrêtent, me demandent si ça va, je réponds non. Elles me demandent si j'ai besoin d'aide, s'il faut appeler des secours, je dis oui. J'ai mon portable, mais dans le sac à dos, et c'est Christian qui l'a. J'ai mal, je sens que je commence à tourner de l'oeil, je fais une chute de tension. Je leur demande si elles ont quelque chose à boire. Elles me tendent une petite bouteille de jus d'orange, super, quelque chose de sucré, c'est ce qu'il me faut. J'en bois quelques gorgées, ça fait du bien. J'ai mal, ça m'élance tout le bras, l'épaule, le dos, mais merde j'ai quoi ?
Christian est arrivé enfin, me demande si ça va... il a d'autres questions comme ça encore ? Une vingtaine de mètres plus bas, une dame sur une espèce de planche à roulettes, avec des bâtons de ski me voit, et me demande en criant s'il y a un problème. Je lui réponds "Oui, ça ne va pas du tout". Elle arrive, me demande ce qui s'est passé, si je peux bouger. Je lui explique rapidement ma chute, et lui dit que j'ai très mal. Elle se présente, Sabrina, et son travail justement c'est de sillonner les pistes, pour voir si tout va bien. Un peu comme les sauveteurs en montagne, sur les domaines de ski. Elle rajoute, c'est mon jour de congé... désolée M'dame, je n'ai pas fait exprès de tomber !! Elle demande si quelqu'un a appelé des secours, et comme personne ne répond, elle prend les choses en main. Elle palpe mon bras (doucement sinon je mords !!), me demande de situer la douleur si je peux. Je lui répond, et je n'aime pas du tout son expression… Je lui demande ce qu'elle en pense. Elle me répond, je ne suis pas spécialiste, il faut voir un médecin pour confirmer, mais c'est soit une fracture de l'humérus, ou de la clavicule, d'après moi. Et meeeeeeeeeeerde non, pourvu qu'elle se trompe, pas une fracture !!!
Ca se bouscule dans ma tête, et l'Espagne, et comment on va rouler, comment on va faire merde ? Pourquoi moi !!! Elle passe quelques coups de fil pour alerter les secours, leur indiquer l'endroit où l'on se trouve. Puis elle parle, pour me rassurer je pense, m'enlève mon casque et mes protections, pour me mettre plus à l'aise. Elle est géniale cette nana, malgré la douleur, je suis contente qu'elle soit passée là à ce moment précis. Elle demande à Christian de se placer un peu au-dessus de nous, au niveau de la piste, pour freiner les gens qui arrivent. Ca va vite en sortant du virage, j'en ai la preuve, il ne faudrait pas que quelqu'un me tombe dessus encore ! J'ai mal, très mal, je sens des fourmis dans les doigts, j'ai la main qui commence à s'engourdir. Les deux personnes qui se sont arrêtées demandent si nous avons encore besoin d'elles, Sabrina les remercie, elle s'occupe de moi. Je les remercie également, elles remontent sur leurs VTT et s'en vont.
Je reste avec Sabrina, attendant les secours, bon sang mais qu'est-ce qu'ils font. Elle me fait parler, je lui raconte qu'aux dernières vacances, l'année précédente, je me suis déjà blessée en tombant au ski, ça me fait un peu penser à autre chose, mais j'ai toujours aussi mal. J'essaie de bouger un peu, j'ai mal aux fesses à force d'être assise sur la rocaille, pas très confortable, et ça m'élance dans le dos, je n'y arrive pas, trop mal au bras, je sens les larmes qui coulent, sans que j'arrive à les retenir.
Ca y est, les secours arrivent enfin. Deux voitures (mais je n'en vois qu'une pour le moment), une espèce d'ambulance (tiens, j'en avais une comme ça déjà, à l'Alpe d'Huez), et une espèce de jeep 4x4, qui s'arrête au bas de la colline où je suis, l'autre véhicule n'étant pas équipé pour monter. Deux pompiers descendent de la jeep et viennent vers nous. Sabrina leur fait un bref résumé. L'un deux me palpe le bras, même diagnostic que Sabrina. Le peu d'espoir que j'avais que ce soit autre chose qu'une fracture vient de s'envoler. Impossible de me poser une attelle ou autre chose, j'ai trop mal, et ils n'osent pas me toucher. L'un deux suggère donc que je me gère "moi-même", que je soutienne mon bras avec l'autre bras, c'est moi qui ressent la douleur, je saurai mieux que quiconque comment me protéger. D'accord, et pour me relever je fais comment ? Chouette, j'ai une ceinture, cela paraît insignifiant comme détail, mais dans une telle situation, ça aide ! Ils m'attrapent tous les deux d'un côté de la ceinture, et me soulèvent doucement, sans à-coups. Me voici sur mes jambes à nouveau. Nous allons descendre comme ça, eux me tenant par le pantalon (c'est très romantique non ?), et moi soutenant mon bras. Sabrina me dit au revoir, et je la remercie plusieurs fois pour sa gentillesse. Heureusement qu'elle était là ! j'aurai été perdue sans elle je crois.
Je descends très lentement la colline, accompagnée par mes deux pompiers. La jeep est à 50 mètres, et l'ambulance un peu plus loin, à une centaine de mètres. Comme j'arrive à marcher doucement, sans trop souffrir, ils me proposent de continuer à pied jusqu'à l'ambulance, plutôt que de grimper dans la jeep où je risque d'être secouée. Je continue donc, et nous arrivons enfin à l'ambulance, où un troisième pompier m'attend. Il m'aide à grimper sur le brancard, m'attache dessus (quand même), et me câle le bras pour que je ne sente pas les secousses. Comme Sabrina, il discute avec moi pendant le trajet. J'ai de la chance dans mon malheur, le centre médical est tout près (au-dessus de notre hôtel en fait).
Christian a suivi à pied, avec son VTT, l'un des pompiers s'étant chargé du mien.
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